
Il reste 72 jours avant mes 40 ans. En le disant comme ça, on pourrait croire que je suis en plein compte à rebours existentiel, en train de vérifier fébrilement ma liste, de mesurer le chemin parcouru et de m’inquiéter de tout ce qui ne sera pas accompli à temps. Pourtant, ce n’est pas du tout l’état d’esprit dans lequel je me trouve.
Il y a un an, je regardais le chiffre “40” comme une grande porte à franchir, une borne symbolique avec un avant et un après. “Voilà, j’en suis là”, en gros. J’avais vraiment envie (et certainement besoin) de vivre cette dernière année dans la trentaine de manière frénétique et productive. D’où ma liste. Et ma frénésie à vouloir tout cocher les premiers mois.
Aujourd’hui, je sais que je ne ferai pas tout ce qui était prévu. Et au vu de l’année écoulée, je suis beaucoup plus sereine de ce cap à franchir.
Ce qui occupe davantage mes pensées en ce moment, ce n’est pas la liste des choses à faire avant mes 40 ans, mais l’idée d’organiser une vraie fête. Pas “juste” la famille, pas “juste” les amis. Tous ensemble, en même temps. Dans une salle qui n’est pas la maison familiale.
Avec un thème ! J’ai décidé d’y aller à fond avec comme fil rouge l’univers fictif que j’aime le plus : la Terre du Milieu. J’ai acheté ma tenue, la décoration, ma sœur se charge des animations. Les invités devraient jouer le jeu pour une journée qui me ressemble et qui nous rassemble.
Ce détail en dit probablement plus long sur mon état d’esprit que n’importe quel bilan. Je n’ai pas envie de refermer une décennie comme on referme un dossier, j’ai envie de marquer le moment, de le célébrer, presque de l’embrasser.
Le chiffre en lui-même me paraît finalement assez anecdotique. Il ne change ni la personne que je suis, ni les projets que j’envisage, ni la façon dont je me sens au quotidien. Si quelque chose a évolué, ce n’est pas mon âge, mais ma manière de le regarder. Là où je m’attendais à une forme de pression, je trouve surtout de la curiosité. Là où je pensais ressentir l’urgence, je découvre une certaine confiance.
Peut-être que cette sérénité tient aussi aux circonstances. À la façon dont ma vie, ces derniers mois, a pris une direction que je n’avais pas anticipée. Être amoureuse d’un homme plus jeune que moi a quelque chose d’étonnamment dédramatisant : le chiffre perd de sa solennité, il cesse d’être un étendard générationnel. Il devient simplement… un nombre. Pas un verdict, pas une étiquette.
Je crois que je m’attendais à ce que 40 ans m’oblige à me définir davantage, à stabiliser certaines réponses, à figer certaines décisions. Je me rends compte que c’est presque l’inverse qui se produit. Je me sens plus souple, plus ouverte, moins pressée de prouver quoi que ce soit. Comme si cette décennie à venir n’était pas une case à remplir, mais un espace à habiter.
Alors à 72 jours de mes 40 ans, je ne me demande plus si je vais réussir à tout cocher. Je me demande plutôt avec qui j’aurai envie de danser le soir venu, et dans quel état d’esprit je franchirai cette fameuse porte. Et pour la première fois, ce qui domine n’est ni la peur ni la nostalgie, mais une forme de confiance tranquille.
Si c’est ça, avoir 40 ans, je crois que je suis prête